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| Prestidigitation |
Prestidigitation ko:마술 (기술) ja:奇術
Catégorie:Arts du spectacle Catégorie:Cirque
La prestidigitation, quel drôle de nom ! Littéralement la rapidité des doigts, et pourtant tout bon magicien sait que la rapidité n'est pas le plus important, au contraire.
Mais le mot est dit : magicien, car la prestidigitation relève de la magie. L'art de l'enchantement, ou comment matérialiser le rêve, le combiner avec l'impossible, défier la réalité et plonger le spectateur attentif dans ses rêves d'enfants.
Histoire
De la préhistoire à nos jours elle a toujours existée. Avant d'être un divertissement elle a servi à matérialiser le divin et s'est assimilée à la magie blanche et noire, elle a profité aux sorciers mais les a aussi desservis dans les bûchers de l'inquisition. Aujourd'hui encore elle est utilisée à des desseins peu avouables, pour tromper le quidam à un jeu d'argent ou pour fanatiser des membres de sectes.
Mais elle est pratiquée le plus souvent pour notre bonheur par des artistes dans le cadre du monde du spectacle. Le magicien fait apparaître et disparaître diverses choses, il défie la gravité, transforme la matière, lit dans les pensées, voit dans l'avenir, crée l'illusion de faire tout cela ! Il combine l'astuce de son tour avec une mise en scène théâtrale ou musicale.
Applications
La magie, en tant qu'art du spectacle, revêt plusieurs formes en fonction du lieu où elle est pratiquée et du type d'illusion déployée.
Le lieu : magie de scène, magie de rue, magie de salon et magie rapprochée (Close-up)
Les disciplines : la grande illusion, l'escapologie, le mentalisme, la cartomagie, la micro-magie, le pickpocketisme et tant d'autres.
Mais tout cela n'a qu'un but : divertir.
Magiciens célèbres
- M. Comte (ventriloque)
- David Copperfield
- Garcimore
- Robert Houdin
- Harry Houdini
- Gérard Majax
- Georges Méliès
- Leon Mandrake
- Mandrake le magicien
- Siegfried et Roy
Magiciens
- Guilhem Julia
- Patrick Reymond [http://www.magicien.info Magicien]
- Prof.wonderfool [http://prof.wonderfool.free.fr/]
- Académie des magiciens du Québec [http://www.magiciens.info Magiciens]
- Hjalmar [http://www.hjalmar-fr.com]
- Bébel [http://www.magicbebel.com]
- [http://www.instantmagique.net Benoît]
Lire
- SHAH, Tahir, L' Apprenti sorcier, Paris, Editions De Fallois, 2001
- HJALMAR, Devenez un As des Tours de Cartes, Paris, Editions Bornemann, 1998
- R.VENO, Cours Magica, Paris, Editions A. Mayette
Liens externes
[http://www.arcane-magazine.com Site de la revue française de magie ARCANE]
[http://www.magie-ffap.com Site de la Fédération Française des Artistes Prestidigitateurs]
Catégorie:Arts du spectacle
Catégorie:média artistique
ja:Category:舞台芸術
Catégorie:Cirque Article principal
- Cirque
Catégorie:Arts du spectacle
Préhistoire ko:선사시대 ja:先史時代 th:ยุคก่อนประวัติศาสตร์
Définition
Selon la définition généralement retenue, la préhistoire est la période qui s’étend de l’apparition de l’homme jusqu’à l’apparition des premiers documents écrits ou premières sources historiques. S’agissant d’une civilisation particulière, la préhistoire s’achève dès lors que des sources historiques, même postérieures, sont disponibles sur cette civilisation.
Ainsi, en Égypte, la préhistoire s’achève vers -3500, alors qu’en Nouvelle-Guinée, elle se termine vers 1900. La transition avec l’Histoire se fait avec la protohistoire, période durant laquelle les sources historiques existent, mais sont soit postérieures, soit extérieures.
Le terme de préhistoire montre aussi l’importance de l’écrit dans la civilisation occidentale. S’il peut paraître inconcevable de découper l’Histoire, que ce soit celle de l’humanité ou de l’univers, par rapport à l’apparition de l’écriture, c’est pourtant ce que trahit l’usage du terme de préhistoire en attendant une nouvelle façon de concevoir l’Histoire.
Chronologies
Voir le Tableau synoptique des principales cultures préhistoriques du Vieux Monde
La chronologie de la préhistoire a commencé à être établie au , faisant suite aux travaux des grands systématiciens du siècle précédent, Linné, Buffon, qui avaient largement fait reculer l’origine de la vie sur Terre. On considère que cette chronologie, initiée par les découvertes de Boucher de Perthes fut établie en 1912 par l’abbé Breuil à la suite des nombreuses fouilles de la deuxième moitié du XIX siècle.
La préhistoire se découpait initialement en trois âges correspondant à l’usage successif de trois technologies différentes : la pierre, le bronze et le fer.
- les âges de la pierre ;
- l’Âge du bronze ;
- l’Âge du fer.
Ces âges furent à leur tour subdivisés en plusieurs périodes de durées très inégales pour répondre aux besoins des préhistoriens. Le découpage en périodes s’explique par la diversité des « cultures matérielles » existant pour chaque âge; certains sites archéologiques très riches (ou simplement parce qu’ils étaient les premiers d’un nouveau type à être découverts) ont alors servi de référence pour une période, comme Hallstatt ou La Tène pour l’âge du fer.
- les âges de la pierre :
- paléolithique :
- paléolithique archaïque (Afrique) ;
- paléolithique inférieur ;
- paléolithique moyen ;
- paléolithique supérieur ;
- paléolithique final (Afrique).
- mésolithique :
- épipaléolithique ;
- post-glaciaire.
- paléoindien (Amérique du Nord)
- formatif (Amérique du Nord)
- jomon (Japon)
- néolithique
(les périodes suivantes entrent aussi dans la Protohistoire)
- l’Âge du bronze
- Bronze ancien
- Bronze moyen
- Bronze final
- l’Âge du fer
- Hallstatt
- La Tène
Ces catégories basées sur l’étude des vestiges durables (outillage de pierre essentiellement, puis productions de céramique et métallurgie) se sont beaucoup affinées avec les outils de recherche modernes.
D’autres catégories, de moindre durée, existent mais sont non reconnues pour l’ensemble des régions du globe ou par l’ensemble de la communauté scientifique. C’est le cas, par exemple, de l’Âge du cuivre ou du Chalcolithique.
Récemment, les périodes de la préhistoire ont commencé à s’effacer devant la notion de cultures. Cette subdivision, plus fine, est la plus récente. Elle prend davantage en compte les limites géographiques des aires culturelles et répond à une connaissance accrue de la préhistoire. Selon les préhistoriens français et pour la France, 13 cultures sont connues pour l’âge de la pierre :
- Les premières civilisations
- l’Abbevillien
- l’Acheuléen
- le Moustérien
- le Châtelperronien
- l’Aurignacien
- le Gravettien
- le Solutréen
- le Magdalénien
- les civilisations post-glaciaires
- le Cardial
- le Danubien
- le Chasséen
- le Néolithique
En plus des cultures matérielles, l’étude de la préhistoire est aujourd’hui inséparable de l’étude de l’environnement à chaque époque.
L’étude des modifications des climats et en particulier des glaciations, des modifications de la faune et de la flore, permettent de restituer les différentes cultures et migrations humaines dans leur contexte.
Quand cela est possible la dendrochronologie permet à partir des cernes des arbres de donner des datations exactes pour la période du néolithique par exemple. La datation au carbone 14, ou basée sur d’autre isotopes radioactifs, permet de remonter dans le temps.
Étapes importantes de la préhistoire
- Paléolithique
- Il y a 5 millions d’années : apparition d’Australopithèque,
- Il y a 3 millions d’années : apparition d’Homo habilis souvent considéré comme le premier Homme (1),
- Il y a 400 000 ans : domestication du feu,
- Il y a 80 000 ans : les premières sépultures,
- Il y a 30 000 ans : Homo sapiens est la seule espèce humaine restant après la disparition de l’homme de Néandertal,
- Il y a 20 000 ans : peintures de Lascaux.
- Néolithique
- Vers -12 000 / -10 000 : dolmens et menhirs,
- Vers -10 000 : premiers villages (Çatal Hüyük en Turquie),
- Vers -3 000 : invention de l’écriture et fin de la préhistoire.
(1) De récentes découvertes de fossiles au Tchad remettent cette datation en cause et montreraient que le premier homme est apparu il y a 7 millions d’années.
Définition problématique
La définition « classique » de la préhistoire pose plusieurs problèmes aussi bien sur le choix des critères que sur la datation de ses limites temporelles.
Critères du commencement de la préhistoire
La préhistoire commencerait avec l' « apparition » de l’Homme, or l’Homme n’est que le fruit d’une lente évolution depuis certaines espèces de singes supérieurs. Sa date d' « apparition » est donc non seulement inconnue, mais peu probable. La problématique qui vise à déterminer quand l’homme moderne est apparu sur terre, en déterminant quelle est la première espèce à s’être distinguée des grands singes, est connue sous le nom du chaînon manquant.
Datation du commencement de la préhistoire
Le genre Homo commence traditionnellement avec Homo habilis qui, par la marche, la course et la création d’outils, possède des talents qu’on pensait absents chez ses ancêtres. Or, de récentes découvertes ont montré que l’Australopithèque (son ancêtre admis) aurait également possédé de pareils dons (à un stade plus primitif).
Considérer l’Homo habilis comme le premier Homme fait remonter la préhistoire à 3 millions d’années alors que si l’on considère l’Australopithèque comme le premier Homme, elle remonte à plus de 5 millions d’années. La datation usuelle, toutefois, est de 1,5 millions d’années.
Critères de la fin de la préhistoire
Accepter l’apparition de l’écriture comme critère de la fin de la préhistoire revenait à considérer que l’ensemble des civilisations anciennes de tradition orale, comme celles d’Amérique précolombienne ou d’Afrique noire, étaient des civilisations préhistoriques. Les découvertes récentes qui ont montré le raffinement de ces civilisations ont amené à réviser les critères de passage de la préhistoire à l’histoire. On considère désormais que le passage de la préhistoire à l’histoire s’est fait selon plusieurs critères propres à une civilisation.
Exemples de critères autres que l’apparition de l’écriture :
- sédentarisation avancée (modification de l’habitat, agglomération, etc.),
- socialisation avancée (hiérarchisation, pouvoir administratif, etc.),
- économie avancée (monnaie, échanges commerciaux, etc.).
Datation de la fin de la préhistoire
La fin de la préhistoire doit s’entendre pour une civilisation particulière. Il est donc impossible de donner une date absolue. Il est toutefois admis que les débuts de l’écriture, vers -3500 / -3000, marquaient l’entrée de l’homme dans l’Histoire.
Annexes
- Évolution de l’Homme
- Vers l’ancêtre commun à l’Homme et au Singe
Liens
Classement encyclopédique
- Sciences humaines
- Archéologie
Liens externes
- [http://www.mnha.public.lu/collections/prehistoire/index.html Section Préhistoire du Musée National d'Histoire et d'Art du Grand-Duché de Luxembourg]
- [http://www.hominides.com. La Préhistoire, la chronologie et les hominidés]
- [http://www.culture.gouv.fr/culture/arcnat/fr/ Le site culturel français sur la préhistoire]
- [http://www.culture.fr/Groups/archeologie/home Lien vers www.culture.fr/archéologie ]
- [http://site.voila.fr/lapita/index.html Lapita Préhistoire de l'Océanie ]
Voir aussi
- Lexique de l'archéologie
Catégorie:HistoireCatégorie:Préhistoire
Sorcellerie]
La sorcellerie est un terme controversé et son histoire est complexe. Selon le contexte et le milieu culturel dans lequel ce mot est employé, il désigne des idées différentes, voire opposées. Chaque société possède ses propres conceptions en matière de magie, de religion, de rites et d'esprits bons ou mauvais ; il est parfois impossible de trouver un équivalent d’une culture à l’autre.
- L'adjectif correspondant à sorcellerie, quoique très peu employé, est "sorcellaire".
Le terme sorcellerie désigne souvent la pratique de la magie. Selon les cultures, la sorcellerie peut être considérée avec des degrés variables de soupçon voire d'hostilité, parfois avec ambivalence, n'étant intrinsèquement ni bonne ni mauvaise. Certaines doctrines religieuses considèrent toute forme de magie comme de la sorcellerie, la proscrivent ou la place au rang de la superstition. Elles opposent le caractère sacré de leurs propres rituels aux pratiques de la sorcellerie.
Le terme sorcellerie est également employé de façon péjorative en référence à la pratique de la magie. Dans une culture qui admet son utilisation, la notion de sorcier/sorcière s’oppose au titre qui désigne le pratiquant d’une magie légitime. La sorcellerie est alors, dans cette acception, l'accusation portée à l'encontre de ceux qui utilisent des moyens surnaturels pour un usage réprouvé par la société. Les croyances en ce type de praticiens de la magie se rencontrent dans la plupart des sociétés humaines. De telles accusations ont parfois mené à des chasses aux sorcières.
Pour les religions monothéistes occidentales (principalement le judaïsme, le christianisme et l’islam), la sorcellerie est considérée comme une hérésie. La notion de sorcellerie prit une grande importance pour les catholiques et les protestants à la fin du Moyen Âge. À cette époque la sorcellerie a progressivement été assimilée à une forme de culte du Diable. Des accusations de sorcellerie ont alors été fréquemment combinées à d'autres charges d'hérésie contre des groupes tels que les Cathares et les Vaudois.
Étymologie
Deux origines possibles sont retenues concerant le mot sorcellerie. Certains affirment qu'il dérive de sourcier et d'autres affirment qu'il dérive du mot sort, maléfice lancé par un "jeteur de sorts".
- La traduction allemande est "Hexe" dérivée du grec ancien "aix", chèvre, référence au monde pastoral.
- En espagnol , "bruja" provient du terme ibère bruixa, et plus précisément du galicien bruxa.
- Le mot anglais "witchcraft" est directement dérivé du vieil anglais wicca (homme chaman) et/ou wik (femme chaman).
Sorcier
chaman
Selon l'acception générale et populaire du terme, le sorcier est un jeteur de sort, recourant à la la magie noire. Il peut être "spécialiste" d'un domaine, telle la communication avec les esprits, généralement de défunts (on parle alors plus volontiers de mage ou de voyant), ou l'animation d'êtres morts (Voir: nécromancie).
Du point de vue anthropologique, le mot sorcier peut recouvrir différentes fonctions comme chaman ou homme-médecine.
C'est aussi un personnage maléfique présent dans les contes et les légendes. Il figure désormais dans l'univers du jeu de rôles, dans l'univers de Terry Pratchett et autres, plus enfantins, tels qu'Harry Potter.
Sorcière
Harry Potter
Voir l'article détaillé : Sorcière.
Volant dans les airs à califourchon sur son manche à balai, ainsi est représentée la sorcière dans l'icônographie populaire. Antithèse de la fée, elle a les mêmes fonctions que le sorcier, tant en anthropologie que dans les contes et légendes.
Pratiques considérées comme de la sorcellerie
Le terme sorcellerie est communément appliqué aux pratiques visant à influencer le corps ou l'esprit d'une personne, pratiques jugées subversives et mettant en péril l'ordre social.
Certains, comme les néo-païens, considèrent la nature maléfique de la sorcellerie comme étant une projection chrétienne. Cependant, le concept de "praticien de la magie" influençant le corps ou l'esprit d'autrui contre son gré était présent au sein de nombreuses cultures avant même l'introduction du monothéisme. En effet, de vieilles traditions de "magie blanche" ou religieuses avaient déjà pour but d'identifier ou de contrer ces praticiens. Beaucoup d'exemples de ce type peuvent être trouvés dans les textes anciens provenant d'Égypte et de Babylone. Dans les cultures où l'on croit que le sorcier a le pouvoir d'influencer le corps ou l'esprit d'autrui, il apparait une cause crédible de maladie (chez l'homme ou l'animal), de malchance, de mort soudaine, d'impuissance ou maux divers dont l'origine parait inexplicable. Une magie folklorique bénigne et socialement plus acceptable peut alors être utilisée pour remédier au sortilège, ou identifier le sorcier à l'origine du mal afin de s'en défendre ou d'en défaire l'enchantement.
Plusieurs pratiques magiques sont assimilées à la sorcellerie, de telle sorte que les personnes qui les utilisent ont été considérées comme des sorciers par les occidentaux, indépendamment de la culture dans laquelle ces pratiques sont en usage.
Une des pratiques les plus connues consiste à fabriquer une poupée en argile, en cire ou en chiffons à l'effigie de personnes réelles et les actions qui sont effectuées sur ces poupées sont sensées être transférées aux sujets qu'elles représentent ('poupée vaudou' dans le vocabulaire courant, dénommée dagyde en occultisme).
La nécromancie, consistant à demander à l'âme d'un mort de révéler l'avenir, est également considérée comme une pratique typique de la sorcellerie. La sorcière biblique d'Endor est sensée l'avoir pratiquée en faisant apparaître le spectre de Samuel (ou du diable métamorphosé en Samuel) à Saül.
Les croyances traditionnelles et populaires attribuent divers types de pouvoirs (acquis par contrat démoniaque dans la tradition chrétienne et monothéiste plus généralement) ont été prêtés aux sorciers: voler dans les airs, tourmenter l'esprit de leurs victimes. Le lutin, dans l'univers des contes, peuvent leur servir d'auxilaire. Certaines pratiques considérés subversives ou abusives et parfois criminelles tombent sous le coup de la loi.
Différences entre la sorcellerie et les autres formes de magie
Parmi certains mouvements occultes contemporains, la sorcellerie est particulièrement différenciée de la magie populaire, religieuse ou cérémoniale. Les sorcières autoproclammées de nos jours (parmi les membres de la Wicca) sont connues pour utiliser le terme de sorcellerie en lieu et place de la magie populaire.
La sorcellerie européenne traditionnelle
La caractérisation européenne de la sorcière ne provient pas d'une source unique. La croyance néo-païenne suggère que les sorcières étaient simplement des femmes chaman qui ont été progressivement transformées en figures malveillantes par la propagande chrétienne. Cette vision est simpliste et suppose que l'image folklorique de la sorcière provient d'une seule source, ce qui n'est pas le cas. En effet, la caractérisation de la sorcellerie ne peut se résumer à une caricature de la prêtresse païenne ; elle a évolué au cours du temps et est une combinaison de nombreuses influences.
Dans les premiers temps du christianisme en Europe, la population, habituée à l'usage de la magie dans la vie quotidienne, attendait du clergé une forme supérieure de magie par rapport à l'ancienne magie païenne. Alors que la chrétienté concurrençait le paganisme, ce problème était d'une importance cruciale pour le clergé, qui peu à peu substitua aux pratiques ancestrales le culte des reliques des saints et du Christ, reprenant ainsi l'usage populaire d'amulettes et de talismans.
La vision européenne traditionnelle de la sorcellerie veut généralement que le sorcier, tel Faust signe un pacte avec le diable, par lequel il lui vend som âme en échange de pouvoirs surnaturels. Les sorciers et sorcières furent accusés de renier Jésus et les sacrements, de se rendre au sabbat - assemblée nocturne où ils étaient supposés exécuter des rites diaboliques, parodies de messes ou d'offices de l'église, d'y vénérer le "prince des ténèbres", afin d'obtenir un certain pouvoir.
Suivant l'universitaire Max Dashu, de nombreux éléments de la figure de la sorcière médiévale trouvent leur source avant l'émergence du christianisme. Ceux-ci peuvent être trouvés dans les bacchanales, notamment du temps où ces pratiques étaient menées par la prêtresse Paculla Annia (de 188 av J.-C. jusqu'en 186 av J.-C.).
L'exemple de l'Angleterre
En Angleterre, l’exercice de la "magie curative" revenait au guérisseur (witch doctor), aussi connu sous les termes de White Witch (Sorcier Blanc), Cunning Man (le Rusé) ou encore Wise Woman (la Sage Femme). Le terme de "guérisseur" était déjà utilisé en Angleterre avant d’être directement associé au continent africain. Le guérisseur crapuleux (Toad doctor) était crédité du pouvoir de neutraliser l’action des guérisseurs (d’autres magiciens populaires avaient leurs propres compétences ; le Girdle-measurer était ainsi spécialiste pour déceler les maux lancés par les fées, tandis que le Charmeur (charmers) pouvaient guérir de problèmes plus communs, tels que les brûlures ou les rages de dent.
"Dans le nord de l’Angleterre, les superstitions se sont enracinées dans les mœurs avec une force incroyable. Le Lancashire est plein de guérisseurs, toute une ribambelle de charlatans qui prétend soigner des maladies et des maux lancés par le Malin…Il se font appeler cunning men ; ils sont fort influents dans les comtés de Lincoln et de Nottingham".
Ces "Rusés" ne se prétendaient que rarement sorciers, et rejetaient ce genre d’accusation. Certains écrits datant du Moyen Âge, pourtant, suggèrent que les différences entre les sorciers et les guérisseurs, à propos de ces "praticiens", n’étaient pas très claires aux yeux de la population. Ainsi, il apparaît qu’une partie de la population entendait également contacter les sorciers pour des requêtes de guérison comme de divination, bien que ces derniers étaient surtout reconnus pour être consultés par les gens désireux de faire maudire leurs ennemis. De fait, la majeure distinction était que les sorciers étaient bien plus souvent dénoncés aux autorités que les guérisseurs ; lorsque ces derniers étaient poursuivis, c’était généralement pour avoir soustrait de l'argent à leurs clients .
Une des conséquences de cet amalgame entre les différents praticiens de la magie de l’époque est la confusion actuelle à propos de ce qu’ont réellement été les sorciers, en Angleterre. Visaient-ils à blesser ou soigner leurs contemporains ? Quel rôle (éventuellement) tenaient-ils dans leur communauté ? Ces sorciers/guérisseurs peuvent-ils être assimilés aux sorciers et sorcières dont on trouve les traces dans les autres cultures ? Ou même, leur rôle et leur présence n’est-il pas tout simplement né de l’imaginaire des gens ? Dans les certitudes occidentales contemporaines, peu de différences se discernent ainsi entre guérisseurs, charmeurs, cunning men et wise women, astrologues et devins; ils se retrouvent tous, plus ou moins, affublés des attributs du/de la sorcier(e).
Les sorciers et sorcières européens furent généralement supposés empoisonnner les puits, les sources, le bétail et la nourriture, ou de la rendre immangeable, voler dans les airs à l’aide d’un balai, jeter des sorts maléfiques et répandre la peur et le chaos dans les communautés locales.
Voir : Malleus Maleficarum
Chasse aux sorcières
La sorcellerie dans le monde occidental contemporain
Depuis le milieu du , la sorcellerie s'est développée en intégrant une dimension religieuse, se revendiquant du néo-paganisme.
Si cette forme de religiosité païenne panthéiste apparaissait auparavant, dans les cultes de la nature, elle a pris une dimension nouvelle après les travaux de Margaret Murray, égyptologue anglaise du , qui a écrit sur la possible existence d'une religion païenne prenant sa source en des temps reculés et ayant survécu jusqu'à nos jours, et dont les sorcières regroupées en covens auraient de tout temps été les dépositaires.
Si cette hypothèse n'a pas été prouvée, elle a eu une influence sur ses contemporains et a favorisé la mise en place d'une religion néo-païenne basée sur la sorcellerie : la Wicca, dont Gérald Gardner est le promoteur. La Wicca est surtout représentée aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Canada. Il n'existe pas encore de statistiques officielles sur le nombre de Wiccans dans le monde.
De nos jours, certaines superstitions anciennes n'ont plus cours dans le monde moderne. Pourtant, depuis les années 1940 avec l’émergence de la Wicca, religion se réclamant de la sorcellerie, considérée et souvent appelée l'"Ancienne religion", un nombre croissant de personnes s'est autoproclamé sorcier(e). Alors que la perception occidentale de la sorcellerie reste très négative, les Wiccans n’y attachent pas de sens particulier, et n’assimilent pas non plus leurs pratiques au satanisme. En fait, la plupart des Wiccans souhaitent simplement que leurs contemporains cessent d’assimiler la sorcellerie à des pratiques maléfiques, confinant le terme à une connotation négative.
En 1968, un groupe politique radical composé de femmes s’est fait connaitre dans la ville de New York sous le nom de W.I.T.C.H. , pour « Women’s International Terrorist Conspiracy From Hell » (la ‘conspiration internationale terroriste des femmes venues de l’enfer’). Ce groupe éphémère n’a pas eu d’impact particulier sur le développement de la sorcellerie, mais a marqué les esprits grâce à sa dénomination originale.
Le tout dernier symbole des sorcières est bien sur Halloween, le 31 octobre, bien que les Wiccans lui préférent Samhain, qui a lieu le 1 novembre. Ce n’est pas une coïncidence si les deux fêtes on souvent tendances a être associées; l’association des sorcières à Halloween pourrait provenir d’une tentative de dénigrement, de la part de l’Église, de cette ancienne fête celtique célébrant la dernière récolte.
Poussé par l’alliance de la consommation au marketing, en recherche perpétuelle d’idées, de modes à lancer, le phénomène des sorcières s’est une nouvelle fois répandu, durant les dernières décennies, mais cette fois comme icônes plus ou moins sympathiques d’une culture populaire globalisée. Les films comme The Craft, Practical Magic et Le projet Blair Witch 2 (la suite de Le projet Blair Witch) ainsi que les séries télévisées Bewitched, Buffy the Vampire Slayer, Charmed, Sabrina the Teenage Witch, et parfois X-Files ont porté à l’écran et popularisé des enfants et jeunes sorcier(e)s. Tous ces stéréotypes ‘grand public’ n’ont cependant que peu de liens avec le mouvement de la Wicca ni avec la perception chrétienne de la sorcellerie. La plupart de ces sorcières du petit et grand écran sont, de nos jours, des jeunes femmes attrayantes dotées de pouvoirs surnaturels.
Une œuvre littéraire décrivant bien, de par sa puissance évocatrice et poétique, l'univers magique de la sorcellerie moderne dans le monde occidental contemporain, en reprenant la légende de Faust, est Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov.
La revalorisation de la pensée magique au siècle
Le psychanalyste Carl Gustav Jung a proposé le concept d'archétypes dans l'inconscient humain, figures ancestrales de l'inconscient collectif, qui émergent notamment au contacts de personnes ayant un profil psychique particulier; la figure du sorcier, ou du génie malfaisant, est complémentaire du professeur/génie bienfaisant, et met en lumière non pas la personnalité propre de l'individu identifié, mais celle du sujet en proie aux figures archétypales de son inconscient, invoquées par le biais de rituels.
Le mode de connaissance magique, en concurrence avec la pensée véhiculée par les religions monothéistes en Occident, a été par elles largement dévalorisée. Ainsi Hegel, qui ne voyait dans ce type de rapport au monde qu'un ensemble de superstitions. L'anthropologue Claude Lévi-Strauss a mis en lumière la richesse et la finesse des sociétés dont la culture est essentiellement magico-religieuse, par exemple dans leurs connaissances en botanique, et leur connaissance du vivant en général.
Dans les années 1960, Carlos Castaneda, étudiant en anthropologie dans une université Californienne, partit étudier les plantes médicinales au Mexique. Son expérience, relatée dans de nombreux ouvrages, est un témoignage sur la confrontation entre ces deux modes de pensée, celle, analytique, de l'Occident et ses corpus universitaires, et celle, discursive, d'un type de pensée magique. Échappant par définition aux taxonomies occidentales, cette pensée implique une participation active, voire ascétique, de l'initié, qui ne donne ses fruits qu'après de longues années.
Pierre Verger parti s'initier au Brésil, à Bahia, aux rites d'origine yoruba du candomble, poursuivit par des voyages en Afrique cette expérience initiatique. Ce type d'initiation a été perçu comme une "renaissance" par Verger ainsi que par d'autres occidentaux, initiés par la suite aux rites chamaniques et magiques de ces cultures, souvent caractérisées par l'absence de culture écrite, et résistant aux concepts occidentaux de "civilisation".
On peut ainsi conjecturer que la connotation négative du mot "sorcier" prend ses racines dans une défiguration archétypale - caricaturale - d'un mode de pensée et d'action différent de la doxa officielle. L'arbitraire des "chasses aux sorcières" en est une illustration éclairante.
Comme le montrent certains textes antiques, la sorcellerie a joué un rôle aussi bien dans l’Égypte ancienne qu'en Mésopotamie, comme à Babylone. Cet extrait du Code d'Hammourabi (environ 2000 Avant J.-C.) : "si un homme en accuse un autre de sorcellerie, sans justification, celui qui est accusé doit aller à la Rivière Sainte ; Il doit plonger dedans, et si la Rivière Sainte le vainc, l’accusateur pourra prendre la maison du sorcier pour sienne" en témoigne.
Dans la Bible, les références à la sorcellerie sont nombreuses ; les fermes condamnation de la pratique n’y sont pas tant basées sur la suspiscion de supercherie, mais bien sur la notion que la magie en elle-même est une pratique abominable. (cf. Deutéronome 18:10–11 « Qu'on ne trouve chez toi personne (…) qui exerce le métier de devin, d'astrologue, d'augure, de magicien, d'enchanteur, personne qui consulte ceux qui évoquent les esprits ou disent la bonne aventure, personne qui interroge les morts.», Exode 22:18, «Tu ne laisseras point vivre la magicienne.»).
Le récit de Saul rendant visite au sorcier de En Dor (I Samuel 28) nous montre qu’il croit fermement en l’évocation, par le sorcier, de l’ombre de Samuel. Enfin, d’après le Lévitique 20:27, « Si un homme ou une femme ont en eux l'esprit d'un mort ou un esprit de divination, ils seront punis de mort ; on les lapidera : leur sang retombera sur eux. »
L’interdiction de la sorcellerie dans le Nouveau Testament semble similaire (Épître aux Galates 5:20, comparé à Apocalypse 21:8, 22:15 et Actes des Apôtres 8:9, 13:6).
À supposer que la croyance en la sorcellerie relevait de la superstition populaire, il est étrange de ne rien trouver suggérant que l’aspect maléfique de ces pratiques ne reposait que sur le fait de prétendre être en possession de pouvoirs qui n’existent pas.
Quelques interrogations s’élèvent de nos jours, quand à savoir si le mot pharmakeia, utilisé dans lÉpître aux Galates, trouve une traduction juste avec le terme « sorcellerie ». En effet, ce terme était communément utilisé pour parler de l'usage maléfique de drogues comme les poisons, les contraceptifs ou les substances permettant d'interrompre les grossesses.
Les perceptions judaïques de la sorcellerie
Les juifs ont souvent été perçus comme sorciers dans l'Europe du Moyen Âge, et persécutés à ce titre durant les siècles de chasse aux sorcières. Mais la grande majorité d'entre eux, perçoivent la pratique de la sorcellerie comme une forme d'idolâtrie, et donc une offense au Judaïsme et à son Dieu unique.
Il est cependant à noter qu’un petit groupe de juifs orthodoxes, qui étudient la Kabbale, croit en la magie. Dans la pratique, les rituels sont très différents de la sorcellerie « traditionnelle », mais le fondement (utiliser des forces surnaturelles pour influer sur le monde physique) reste identique. Depuis les Lumières, la plupart des juifs ont cessé de croire en la Kabbale, et considèrent ces pratiques comme ridicules.
Certains néo-païens pratiquent une forme de magie, syncrétisme du mysticisme juif classique et de sorcellerie moderne. Une référence notable de ce sujet est le livre dEllen Cannon Reed : « The Witches Qabala: The Pagan Pat hand the Tree of Life ». Ce livre ainsi que le Zohar ont été une source d'inspiration pour plusieurs sectes comme par exemple le centre de la Kabbale.
La sorcellerie dans le monde musulman
Les contes des mille et une nuits, avec leurs "djinns" (génies), se transformant en colonne de fumée rentrant ou sortant d'une fiole, leurs "tapis volant" et leurs îles enchantées, foisonnent de mages et de magiciennes et reflètent l'univers magique de l'orient. Ils reflètent également un monde pré-islamique, les djinns étant sans conteste une réminiscence des esprits des religions polythéistes antérieures.
Aujourd'hui, nombre de croyances populaires attribuent un grand pouvoir aux marabouts.
Sorcellerie africaine
Le continent africain recueille un large éventail de religions traditionnelles. Les Africains chrétiens reconnaissent généralement le dogme chrétien, tout comme leurs frères asiatiques et latino-américains. Le terme de guérisseur, souvent proposé pour traduire inyanga, a été mal interprété, et est devenu « celui qui soigne en ayant recours à la magie », loin de son sens originel de « celui qui diagnostique et soigne les maux causés par la magie ».
Les combinaisons de croyances et pratiques de l’Église catholique romaine et des traditions, croyances et pratiques religieuses ouest-africaines ont directement contribué à l’émergence du syncrétisme religieux que l’on remarque en Amérique latine, avec des pratiques, entre autres, comme le Vaudou, l’Obeah, le Candomblé ou la Santeria.
Dans les traditions sud-africaines, il y a trois différents types de personne qui pratiquent la magie. La thakatha est habituellement traduit comme la « sorcière », et est considérée comme un personnage malveillant qui pratique secrètement afin de nuire à autrui. Le sangoma est un devin, parfois un diseur de bonne aventure, dont les services sont requis pour détecter la maladie, prédire le futur, voire identifier le coupable d’un méfait. Il a également quelques notions de médecine. Enfin, le inyanga est souvent traduit par le terme guérisseur (bien que de nombreux Sud-Africains remettent en cause cette traduction, puisqu’elle perpétue l'idée erronée d’un guérisseur recourant à la magie). La tache du inyanga est de conjurer le mauvais sort et defournir à ses clients les gris-gris nécessaires. Parmi ces trois personnages, la thakatha est presque toujours femme, le sangoma est habituellement une femme, tandis que le inyanga est presque toujours un homme.
Catégorie:anthropologie Catégorie:Histoire
Bibliographie
- La sorcière, Jules Michelet
- La sorcière et l'occident. La destruction de la sorcellerie en Europe des origines aux grands bûchers,Guy Bechtel, Paris, Plon
- Histoire des croyances et des idées religieuses, Mircea Eliade, Payot
- La peur en Occident, Jean Delumeau (un chapitre sur le caractère sexiste de cette persécution, où il précise que les hommes sont exécutés pour hérésie et les femmes pour sorcellerie disant qu'entre les deux se distingue la même différence qu'entre le droit commun et le prisonnier politique.)
- [http://montenegro.planetaclix.pt/lesbruxos.htm Les bruxos : Des thérapeutes traditionnels et leur clientèle au Portugal], Miguel Montenegro, Paris, L'Harmattan, 2005. Étude ethnologique sur les sorciers portugais.
- L'œuvre au Noir, de Marguerite Yourcenar
- Voir, de Carlos Castaneda
Liens internes
- Anthropologie religieuse
- Carlos Castaneda
- Chamanisme
- Répression de la sorcellerie en Europe et aux États-Unis
- Culte de Diane
- Inquisition
- Magie
- Magie et religion
- Magie rouge
- Malleus Maleficarum
- Mandragore
- Sabbat
- Sorcière
- Sorcières de Salem
- Sorcières de Triora
Liens externes
- [http://montenegro.planetaclix.pt/dom.htm Le domaine de la bruxaria et le plenum - étude de cas (2003)] Article en ligne.
Catégorie : Anthropologie
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Inquisition]
L'Inquisition était une juridiction spéciale de l'Église catholique romaine chargée de lutter contre l'hérésie. Elle fut fondée en 1231 par Grégoire IX.
Périodes
Il convient de distinguer trois différentes Inquisitions :
# l'Inquisition médiévale
# l'Inquisition espagnole, inféodée à la couronne d'Espagne, fondée en 1478
# l'Inquisition romaine (Congrégation de l'Inquisition romaine et universelle), fondée en 1542, rebaptisée Sacrée Congrégation du Saint-Office en 1909, puis Congrégation pour la doctrine de la foi en 1967
La lutte contre les hérésies, avant l'institution de l'Inquisition, était confiée aux évêques pour la recherche et au juge séculier pour la punition. Les décrets du concile du Latran III (1139) constituaient les premiers éléments de législation pontificale. Ils furent appliqués lors de la croisade contre les Albigeois. C'est l'Empereur qui choisit en 1224 d'appliquer la peine du feu, décision reprise par Grégoire IX en 1231. Ces dispositions bientôt ne suffirent plus : le pouvoir des évêques restait limité à leur diocèse.
L'Inquisition médiévale
L'Inquisition eut pour but de pallier les déficiences des tribunaux épiscopaux. C'était une juridiction spéciale et permanente. Elle était affranchie de l'autorité des évêques. Son seul but était la défense de la foi catholique. Créée pour lutter contre les Vaudois et les Cathares, elle s'étendit ensuite aux autres hérésies, puis à la sorcellerie en tant que survivance du paganisme et au blasphème.
Pour parvenir à ses fins, elle disposait de la procédure inquisitoire. Celle-ci, définie par la décrétale Licet Heli (1213), permettait de poursuivre une personne sur simple soupçon, sans dénonciation ou accusation publique préalable. Ces dispositions furent confirmées par Latran IV (1215) et approuvées par les autorités civiles des différents pays concernés : Frédéric II, Louis VIII, Blanche de Castille ou encore le comte de Toulouse. L'Inquisition se déploya dès les années 1230. En 1231, Conrad de Marbourg fut désigné pour l'Empire, mais ses excès ruinèrent le crédit de la nouvelle institution. En 1232, elle s'étendit en Aragon puis en 1233 en France et à partir de 1235, en Italie.
Fonctionnement
Le tribunal inquisitoire possédait le plus souvent un siège fixe. Les inquisiteurs travaillaient par deux, avec des compétences égales. Ils étaient choisis généralement parmi les franciscains ou les dominicains. Ils étaient assistés d'un personnel nombreux : clercs, tels les notaires, et greffiers, geôliers, etc. Les inquisiteurs réguliers vivaient en marge de la vie conventuelle, ce qui occasionna souvent des tensions entre eux et leur ordre d'origine.
Les deux procédures les plus courantes étaient la citation individuelle et l'enquête générale. La citation individuelle se faisait par le biais du curé. L'enquête générale était proclamée dans une région entière. Dans les deux cas, ceux qui refusaient de comparaître se trouvaient excommuniés. En compensation, ceux qui se présentaient en temps et en heure étaient censés n'encourir que des peines légères (voir ci-dessous). Un suspect devait jurer de révéler tout ce qu'il savait sur l'hérésie. Un notaire transcrivait tous les débats. Pour obtenir des informations, les juges pouvaient avoir recours à des délateurs, à de faux témoins, à l'incarcération ou encore, à partir de 1252 (bulle Ad extirpendam), à la torture — sous réserve de la mutilation définitive des membres, afin de préserver le corps appelé à ressusciter.
Des protections étaient accordées aux accusés, comme aux témoins. Ainsi l'identité des témoins à charge était tenue secrète. En revanche, les accusés étaient autorisés à fournir une liste des personnes susceptibles de leur en vouloir, lesquelles étaient alors récusées comme témoins.Le tribunal acceptait des témoignages qui auraient été rejetés dans d'autres circonstances : voleurs, prostituées, personnes de mauvaise vie. La présence d'un conseil pouvait être refusée. Même les papes, Clément V par exemple, finirent par s'en émouvoir, en vain. En 1297, Philippe le Bel lui-même se plaignit de la violence des tortures infligées, ce qui ne l'empêcha pas ensuite de faire torturer les Templiers. Un suspect innocenté un temps pouvait de nouveau être appelé à comparaître plus tard. L'Inquisition jugeait même des cadavres, qui étaient déterrés et brûlés si le mort était reconnu coupable.
Le tribunal inquisitoire n'infligeait pas de peines à proprement parler, mais des « pénitences ». Les moins graves étaient appelées « pénitence arbitraire ». C'étaient la fustigation publique au cours de la messe, les visites aux églises, les pèlerinages, l'entretien d'un pauvre, le port de la croix sur les vêtements, etc. En revanche, les hérétiques qui ne s'étaient pas présentés dans les délais encouraient la prison à vie, bien que la peine fût souvent réduite par la suite. La prison connaissait deux modes possibles : le « mur étroit » (réclusion solitaire) et le « mur large », comparable à une résidence surveillée. Le relaps ou l'obstiné, qui refusait d'avouer son crime, était abandonné à l'autorité séculière, qui le condamnait au bûcher. La peine était exceptionnelle. L'inquisiteur Bernard Gui n'en prononça que 40 dans sa longue carrière. La peine du feu permettait de ne pas laisser de relique aux partisans du condamné.
Grandeur et décadence de l'Inquisition
relique
Le vit l'apogée de l'Inquisition. En France, elle mit fin à l'hérésie cathare, malgré beaucoup de difficultés comme le massacre d'Avignonnet où Guillaume Arnaud, Étienne de Narbonne et leurs compagnons furent assassinés. En 1244, la chute de Montségur sonna le glas du catharisme. Entre 1250 et 1257, l'Inquisition menée par Robert le Bougre ratissa les campagnes, brûlant 21 personnes et en condamnant 239 au mur étroit. En 1273, la cité-État de Sermione fut accusée de cacher un évêque cathare. Deux cent de ses habitants furent envoyés au bûcher. Toutefois, le dernier cas de catharisme enregistré fut le cas de Pierre Autier, brûlé en 1310. En Italie, l'Inquisition revint plutôt aux franciscains. Là encore, les juges rencontrèrent des difficultés : l'un d'entre eux fut assassiné. C'était Pierre de Vérone, surnommé « saint Pierre Martyr », l'une des canonisations les plus rapides de tous les temps (un an).
Les succès de l'Inquisition en vinrent à gêner les autorités, civiles comme ecclésiastiques : la machine s'emballait, les inquisiteurs étaient de moins en moins contrôlables. Innocent IV par exemple tenta de rétablir sa tutelle sur eux, plaçant ceux de la région d'Agen sous le contrôle de l'évêque du diocèse, en 1248. Outrés, les juges dominicains se démirent. Il y eut aussi des rivalités entre les deux ordres mendiants, à un point tel qu'en 1266 le pape dut intervenir. Malgré tout, l'Inquisition sortit victorieuse de son bras de fer avec la papauté : les juges obtinrent le droit de se relever mutuellement de l'excommunication, et de ne plus être contrôlables par les légats pontificaux. Sous Urbain II, l'Inquisition atteignit son pinacle : elle avait des antennes partout et était libre de ses mouvements.
L'Inquisition espagnole
Elle commence en 1480 avant la fin de la reconquista, après que le pape Sixte IV autorise en 1478 Ferdinand et Isabelle à engager 3 évêques ayant un pouvoir juridique total sur les hérétiques. Isabelle la Catholique refuse l'intervention d'un légat du Pape dans les affaires intérieures de l'Espagne, mais face au accusations de poursuivre la pratique du judaïsme, portées à l'encontre des marranes conversos, des juifs convertis depuis le XIIIeS, présents dans les hautes sphères de la société, ces derniers exigent de pouvoir prouver leur bonne foi devant un tribunal compétent. Les ambassadeurs espagnols à Rome font alors pression pour obtenir l'inquisition. Le pape accepte à contrecœur, ne pouvant ainsi contrôler cette institution. L'inquisition donc ne visait pas les juifs mais bien ceux des 'nouveaux chrétiens' dont la conversion n'était pas sincère. Le 17 septembre 1480 les premiers inquisiteurs dominicains sont nommés par l'état: Miguel de Morillo et Juan de St Martin.
Ils prirent leur fonction à Séville où la communauté marrane menacée échoua dans une tentative d'insurrection, 6 personnes furent brûlés vives. L'inquisition débuta ainsi sa longue carrière. Les humiliations et persécutions incessantes menées contre les hérétiques par les inquisiteurs étaient loin d'être toujours désintéressées. En effet lors des confiscations de biens, qui frappaient non seulement les "coupables", mais aussi toute leur famille, le Saint-Office perçut une part de plus en plus élevée, pouvant atteindre 80% du produit des biens saisis. Ainsi il leur arrivait de déterrer des morts pour un procès au terme duquel les os étaient brûlés et les biens du défunt transférés. Certains juifs accusés de ne pas avoir dénoncé des conversos seront tués par l'inquisition. Certains membres du clergé tomberont eux aussi sous les accusations.
La charge de travail devenant trop importante pour Séville, le 11 février 1482 de nouveaux inquisiteurs sont nommés, et parmi eux le plus tristement célèbre: Tomás de Torquemada le confesseur personnel de la reine Isabelle.
En 1483 le 'conseil de l'Inquisition suprême et général’ la Suprema est créé pour superviser les tribunaux de Castille et de Leon. Torquemada en devient le chef de 1481 à 1498. Ses pouvoirs s'étendent sur l'Aragon la Catalogne et Valence. Les évêques de Séville et de Calahorra tombent sous les accusations de la Suprema.
En 1485 le tribunal est transféré à Tolède.
Le coût élevé de l'entretien des hérétiques emprisonnés à vie poussa Torquemada à créer de grands centres pénitenciers. Ceux-ci avaient pour vocation de redonner une activité aux prisonniers en lien avec leur ancienne profession. Le produit servait ensuite à l'Église ou était revendu. Ces prisonniers à perpétuité enduraient en fait la peine du strictus murus, ou « mur étroit » et ne devaient en théorie jamais sortir du cachot (cf. ci-dessus).
En dix-sept ans d'activité, le nombre de condamnations prononcées par le tribunal inquisitorial de Tolède sous la tutelle de Torquemada se révéla important : 10 220 brûlés vifs, 6 840 égorgés et brûlés, 65 271 suppliciés et morts au cachot, 12 340 pendus, 19 760 condamnés aux galères à perpétuité, soit un total de 114 431 condamnations à des peines lourdes.
Toutefois, même si la saisie systématique des biens des condamnés produisit un montant faramineux, Torquemada ne céda pas personnellement à la tentation de la richesse ou du luxe, et resta toute sa vie en accord avec la rigueur monacale de son ordre. Mais il utilisa les dépouilles de ses victimes pour enrichir l'Eglise et étendre son emprise, par la fondation ou la rénovation d'édifices religieux, ou encore par des donations aux œuvres de charité gérées par celle-ci. Son entêtement et son fanatisme le conduisirent à refuser de se démettre, en dépit de son grand âge. C'est l'inquisiteur Diego Deza qui lui succéda.
La communauté juive très réduite par les massacres et les conversions vit pendant ce temps sous une législation sévère, mais ne représente plus d'intérêt économique pour l'état. Les juifs étaient considérés comme des étrangers par les Rois catholiques qui voulaient asseoir leur double monarchie (Castille et Aragon) sur l'unité et la pureté de foi.
Le 30 mars 1492, année où le dernier bastion maure (le Royaume de Grenade) tomba, aboutissement de la Reconquista, Isabelle et Ferdinand promulguent un édit, exigeant que les juifs se convertissent au Catholicisme ou quittent le pays; une règle similaire concernant les Maures fut ensuite établie. Beaucoup quittèrent l'Espagne perdant leurs biens, pour aller s'établir en Italie, dans les possessions musulmanes et au Portugal. D'autres préférèrent rester et se faire baptiser à la hâte.
Les successeurs de Torquemada
Les successeurs de Torquemada mirent sur pied, en Espagne puis au Portugal, une structure de surveillance systématique et de délation généralisée, non seulement à l'encontre des convertis, mais aussi de leurs descendants, et de tous les chrétiens d'ascendance même très partiellement juive, baptisés "Nouveaux chrétiens". C'est l'âge d'or de l'Inquisition.
A partir de 1525 les tribunaux se tournent vers les maures qui comme les marranes pratiquent en secret l'islam, les morisques. Puis ils s'intéressent aux protestants, et aux délits divers tels que la bigamie. La sorcellerie contrairement aux autres pays du XVIIeS et XVIIIeS mobilise peu l'Inquisition. Mais l'attention principale était toujours concentrée sur les personnes accusées de judaïser.
A partir de 1535 l'Inquisition délivra des "certificats de limpidité de sang" aux personnes ne possédant pas d'ancêtre juif ou musulman. Ces certificats furent non seulement exigés pour l'accès à l'armée, aux charges du St Office, l'entrée des universités, mais aussi demandées par les familles à la veille des mariages.
L'Inquisition devint si puissante et brava parfois si impunément le bras séculier, qu'elle s'attira l'aide de tous ceux qui la craignaient. C'est ainsi qu'elle développa autour d'elle l'institution des "Amis de l'Inquisition". Ceux-ci loin de se cacher, se flattaient avec arrogance de cette appartenance et défilaient annuellement à des parades, notamment à l'occasion des autodafés.
Les Marranes s'établirent aux Amériques. Mais l'Inquisition avait le bras long, et s'y étant également implantée, les pourchassa comme en Europe. Pourtant certains marranes portugais réfugiés dans la région de Bordeaux finirent par obtenir des souverains français le droit d'y demeurer et revinrent finalement à la religion de leurs ancêtres.
Les lieux de refuge les plus sûrs furent les pays protestants: Hollande, Angleterre. Dans les premiers temps, les nouveaux chrétiens, redevenus juifs ou non, furent laissés en paix, dans la limite de certains interdits, tandis qu'en pays musulmans, ils purent s'installer, mais en étant frappés du statut de Dhimmis. Néanmoins en Turquie ils jouèrent un rôle important auprès de Soliman dans sa lutte contre les royaumes chrétiens. L'un d'eux le Duc de Naxos fut le conseiller personnel de Sélim fils de Soliman. Mais du moins lorsqu'ils adoptaient l'Islam, obtinrent-ils, ainsi que leurs descendants, le même statut que les autres musulmans.
L'inquisition prit fin en Espagne officiellement sous Napoléon en 1808, puis fut rétablie en 1814. La dernière victime fut un instituteur déiste pendu à Valence le 26 juillet 1826. L'inquisition espagnole fut abolie définitivement par la reine Marie-Christine en 1834, et la «limpieza de la sangre» (la pureté du sang) le 13 mai 1865.
L'Inquisition portugaise
L'inquisition au Portugal est par erreur souvent présentée comme plus débonnaire que celle d'Espagne.
Manuel roi du Portugal épousa l'infante d'Espagne Isabelle le 30 novembre 1496. Le 5 décembre un décret royal donne 10 mois aux juifs et aux musulmans pour quitter le pays. Le roi se ravise et le vendredi 19 mars 1497 ordonne le baptême de tous les enfants du royaume pour le dimanche suivant, ce qui va donner lieu à de terribles scènes. En 1499 Manuel publia un décret interdisant aux nouveaux chrétiens de quitter le pays.
L'Inquisition devint officielle avec la nomination de Diogo da Silca, confesseur de Manuel, comme inquisiteur général en décembre 1531. Mais des 'nouveaux chrétiens' influents réussirent à la faire suspendre. Charles Quint pesa de tout son poids pour qu'une inquisition à l'espagnole soit rétablie. La décision fut prise le 23 mai 1536 sous le pontificat de Paul III. Mais les marranes réussirent encore par de multiples rebondissements et tractations avec le Pape à restreindre les pouvoirs du Saint-Office et même à le suspendre en 1544. Malgré tout, en 1547 l'Inquisition fut formellement établie. Les marranes se battirent une dernière fois sur la question du pouvoir de confiscation. Cette arme fut finalement concédée aux tribunaux et le Portugal se dota ainsi d'une inquisition indépendante plus terrible encore que son modèle espagnol. En effet, la conversion y fut imposée à tous les juifs et non assortie, comme en Espagne, de la possibilité d'émigrer. Par conséquent tous les "nouveaux chrétiens" y furent les descendants d'une conversion forcée, et les tentatives de fuite de marranes vers l'extérieur y furent proportionnellement plus importantes qu'en Espagne. L'Inquisition fut si dure au Portugal qu'un certain nombre de "nouveaux chrétiens" portugais allèrent même jusqu'à tenter de se réfugier...en Espagne.
La dernière victime sera un prêtre jésuite, Gabriel Malagrida, brûlé à Lisbonne en septembre 1761.
En 1771, interdiction des autodafés publics. En 1773 toute différence entre ancien et nouveau chrétien est abolie. L'Inquisition s'arrêta définitivement en 1778.
L'Inquisition romaine
Le pouvoir de l'Inquisition devint par trop dangereux : le 22 janvier 1588, Sixte V la réforma en réorganisant la curie. Saint Pie X la réforme à son tour le 29 juin 1908 et lui donne le nom de « Sacrée congrégation du Saint-Office ». Enfin, la réforme du 7 décembre 1967, Paul VI lui donne son nom actuel de « Congrégation pour la Doctrine de la foi ».
Voir aussi
Articles connexes
- dilemme de l'Inquisition : le mécanisme systémique de mise en place, puis d'auto-conservation, de l'Inquisition est étudié dans cet article.
- ordalie, un mode de justice pré-inquisitoire.
- manuel de l'inquisiteur : concerne la soumission à la Question.
- Chasse aux sorcières
Bibliographie
- Bartolomé Bennassar, L'Inquisition espagnole, XV-XIX siècle, Hachette, 1979 ;
- Francisco Bethencourt, L'Inquisition à l'époque moderne (Espagne, Portugal, Italie : XV-XIX siècle), Paris, Fayard, 1995 ;
- Catherine Clément, La Senora, Calmann-Lévy, 1992 ;
- Yves Dossat, article « Inquisition », Miroir du Moyen Âge. Institutions, figures, savoirs, Encylopædia Universalis, 1999 ;
- Henri Maisonneuve, L'Inquisition, Desclée-Novalis, 1989 ;
- Cecil Roth, Histoire des Marranes, Liana Levi piccolo, Paris 2002 ;
- E. William Monter, Frontiers of Heresy: The Spanish Inquisition from the Basque Lands to Sicily, Cambridge University Press, 2003.
Catégorie:Inquisition
ja:異端審問
SecteLe mot secte dans sa définition rigoureuse désigne soit un ensemble de personnes professant une même doctrine philosophique, religieuse, etc. soit un groupe plus ou moins important de croyants qui se sont détachés de l'enseignement officiel d'une Église et qui ont leur propre doctrine, leurs propres rites.
Le mot secte est également un terme polémique, qui désigne un groupe ou une organisation le plus souvent à connotation religieuse dont les pratiques de comportement voire de gestion financière, sont jugées opaques et même dévoyées. Généralement les responsables de ces groupes sont accusés de brimer les libertés individuelles au sein du groupe et, de plus, sont réputés pour manipuler mentalement leurs disciples afin de s'approprier leur biens, de les maintenir sous contrôle etc.
Cette dénomination prend ici une connotation négative. Différentes organisations spirituelles prétendant être sujettes à la méprise et à l'amalgame, refusent d'être désignées ainsi et préfèrent l'appellation: « nouvelle religion ».
Définitions
Étymologique
À l'origine, une secte (du latin secta, dérivé du verbe sequi, « suivre », ou, selon certains étymologistes, du latin sectare, « couper », par opposition à religion, qui pourrait venir du latin religare, « relier ») désignait soit une sous-branche d'une religion reconnue et bien établie, soit un groupe de personnes qui se regroupent autour d'un maître de pensée. C'est dans ce sens que l'on peut parler de secte pour les groupements issus du bouddhisme, de l'hindouisme, du shinto ou du taoïsme. Mais autant ces religions ont toujours été plus ou moins ouvertes à la dissidence, autant le christianisme, se voulant par nature universel, l'a longtemps combattue : dans les pays catholiques, le terme de secte a donc toujours eu une connotation négative.
Certaines grandes religions actuelles furent à l'origine des sectes de religions plus anciennes et déjà bien implantées. Ainsi, le christianisme s'est d'abord développé comme une secte au sein du judaïsme, dont il a repris une partie des enseignements. Néanmoins, ces religions ont acquis au fil du temps un grand nombre d'adeptes et dès lors une reconnaissance officielle importante.
L'équivalent grec de la secta latine est hairesis (choix, préférence pour une doctrine). Une hérésie est d'abord une école de pensée. Le jardin d'Épicure était une telle hairesis. L'Antiquité n'attache pas de valeur péjorative à ces termes. Par la suite, l'association de certaines de ces doctrines au pouvoir politique (avec Constantin I par exemple) va faire naître la notion d'orthodoxie et, par voie de conséquence, d'hétérodoxie. La religion ne serait-elle que la secte du roi ? C'est ce qu'affirment certains auteurs.
Sociologique
Au , les sociologues Max Weber et Ernst Troeltsch définissent la secte comme un groupement religieux extrémiste, intransigeant et en rupture avec la société. L'Église est alors l'alternative sociale de la religion qui prend sa place au milieu des institutions profanes.
Certains considèrent que cette définition, qui perdura jusqu'à la fin du , est aujourd'hui inadaptée aux changements modernes de sens qu'a pris le mot secte. Les polémiques sur le sujet ne facilitent pas l'accord sur le sens du mot et donc sa définition. Dans ces conditions, la définition sociologique est encore considérée par certains intellectuels comme la meilleure.
Dans cette définition sociologique, la rupture entre la secte et la société est fondamentale. Cette rupture est pratiquement toujours considérée comme un dommage, qui selon les points de vue sera imputée aux membres de la secte ou au contraire à la société. Qui dit dommage dit rétribution, avec là encore des interprétations variables : prévention et juste punition pour les uns, persécution pour les autres. L'affaire peut dégénérer en conflit ouvert et guerre civile.
C'est ainsi que le protestantisme a longtemps été considéré comme une hérésie par l'Église catholique et a entraîné une grande répression de ses membres à la Renaissance, qui débouchera sur de longues guerres en Europe (guerres civiles en France et Allemagne, guerre entre pays de religion différente) et des massacres, notamment lors de la nuit qui suivit la Saint-Barthélemy, le 24 août 1572 ou lors de la prise de Magdebourg. Quelques siècles plus tôt, les persécutions de l'Inquisition catholique avaient été encore plus fortes contre ce qui était appelé l'hérésie cathare.
Moderne
Dans les années 1980 et suite à de nombreux scandales (suicides collectifs, affaires politico-financières, infractions au code du travail, exercice illégal de la médecine, etc.), le terme secte a pris une forte connotation péjorative, devenant synonyme de groupe totalitaire et dangereux, ou en tout cas, de système aliénant et forçant ses adeptes à se placer en position de rupture avec la société et ses normes.
Les mouvements de lutte contre les sectes comme l'Association de défense des familles et de l'individu (ADFI) et le Centre de documentation, d'éducation et d'action contre les manipulations mentales, ou Centre Roger Ikor (CCMM) ont essayé avec plus ou moins de succès, de définir des critères d'organisation et des pratiques qui permettraient de ranger selon eux des groupements dans la catégorie moderne des sectes.
Critères
Voici quelques critères :
- manipulation mentale des adeptes ;
- centralisation du pouvoir aux mains d'une personne avec autorité charismatique, par exemple un gourou, ou d'un collège restreint de dirigeants ;
- organisation pyramidale ;
- extorsion de fonds ;
- doctrine se présentant comme exclusive,
En outre, certains y ajoutent d'autres critères, peut-être moins répandus :
- contrôle du milieu : tentative de contrôle des sources d'information et des interactions sociales externes des membres, encouragements à arrêter les relations avec toute personne externe ;
- infaillibilité et doctrine sacrée : présentation des idées du groupement comme l'unique vérité et le seul accès au salut, dissuasion de toute réflexion critique sur la doctrine ;
- mysticisme dévoyé : rapprochements entre des événements et des causes surnaturelles ;
- pureté : référence à un idéal inatteignable qui réglemente les actes des membres en les amenant à toujours plus d'effort ;
- autoritarisme : pouvoir fort du gourou et culte de la personnalité ;
- doctrine secrète (ésotérisme) : enseignements secrets dont la divulgation au monde extérieur est strictement interdite ;
- élitisme (ésotérisme) : mise en valeur des membres comme supérieurs ;
- brimades et/ou confession forcée en cas de violation des règles établies ;
- bannissement : interdiction de tout contact avec des anciens adeptes (concept semblable à l'excommunication).
- obligation dogmatique, pour les adeptes, de maltraiter leurs propres enfants (interdiction de fêtes, châtiments corporels, etc.)
Cette difficulté a conduit le gouvernement français à faire cette mise au point lors de Conférence annuelle sur les Droits de l'Homme :
« La liste des mouvements sectaires comprise dans un rapport parlementaire français de 1995 [...] est un document de travail parlementaire. En d'autres termes, elle n'a aucune valeur juridique [...]. Certaines autorités locales ont pu toutefois faire référence à cette liste pour prendre des mesures administratives - toutes annulées par les tribunaux. Le gouvernement français s'emploie à sensibiliser les rouages de l'administration afin que la liste des mouvements sectaires soit reconnue pour ce qu'elle est : un document de travail parlementaire qui ne peut servir de fondement à une mesure.» (12 septembre 2002, Conférence annuelle sur les Droits de l'Homme de l'OSCE à Varsovie, pendant la Session de travail numéro 7, concernant les Libertés fondamentales : Liberté de pensée, de conscience, de religion et de croyance).
Contestation et critique
Ces critères ne font pas l'unanimité et ne s'appliquent pas dans leur totalité à tous les mouvements considérés comme sectaires. En outre, ce ne sont pas les seuls critères permettant de qualifier une organisation de secte. Il apparaît en effet que la relative nouveauté d'un groupement religieux, sa petite taille et son décalage par rapport aux normes établies ne sont pas étrangers à la dénomination de secte d'une organisation.
On étudie aujourd'hui plus le comportement du groupe vis-à-vis de ses membres que les préceptes du groupe en lui-même. On en vient ainsi à parler de secte pour des groupes qui ne se réclament pas d'une religion.
En anglais, l'emploi indépendant de deux mots différents permet de lever une partie de l'ambiguïté du terme français. sect tend à correspondre à la définition étymologique (comme pour les sectes protestantes qui n'a alors guère de portée négative), alors que cult tend à correspondre à la définition sociologique du terme français secte (comme pour cargo cult ou cultes du cargo qui décrivent péjorativement une secte illuminée).
Attitudes vis-à-vis des sectes
Polémique
Mouvements luttant contre les sectes
Les mouvements anti-sectes perçoivent dans les sectes un danger pour les individus et la société. Ils cherchent à le conjurer par l'information et l'action légale sur ces groupements et en portant plainte en justice au besoin. Selon ce point de vue visant à protéger le citoyen « une secte est un groupe totalitaire qui se sépare de la société et s'y oppose » [http://www.ac-amiens.fr/EPICAR/docs/Sectes.PDF]. Ils considèrent que la manipulation mentale inhérente à de tels groupes entraîne une destruction de la personne sur les plans physique, psychique, intellectuel, relationnel, religieux, philosophique, pédagogique, associatif, politique et/ou social.
Par ailleurs ces mouvements s'inquiètent de la menace de totalitarisme sur la société que les sectes font peser, estimant que qui croit détenir la vérité ne renoncera à aucun moyen pour l'imposer, d'autant que certaines sectes se sont dotées de puissants moyens financiers qu'ils auraient obtenus en faisant pression sur leurs adeptes, et ne se priveraient pas d'infiltrer des centres du pouvoir économique, politique et judiciaire.
Certains estiment même que, de nos jours, la sécurité mondiale elle-même en est affectée, comme au temps des guerres de religion, et que le combat entre sectes et entre religions comprenant des groupes sectaires a atteint le niveau planétaire. Ils notent aussi que le gouvernement américain s'est permis plusieurs fois d'intervenir dans les affaires de pays européens qui se défendent juridiquement contre l'emprise des sectes, alors que celles-ci bénéficient aux États-Unis d'appuis bienveillants.
Les associations anti-sectes soutiennent que certains scientifiques et sociologues minimisent de façon délibérée la dangerosité de sectes telles que l'Église de Scientologie, la Famille (ex Enfants de Dieu), l'Église de l'Unification (Moon), Aum vérité suprême au moyen d'études complaisantes dont il a été démontré pour certaines d'entre elles qu'elles avaient été financées par les mouvements qu'elles prétendaient étudier. Aussi dénoncent-elles leur manque d'objectivité et présentent ces sociologues comme autant d'apologistes de la cause sectaire.
Défenseurs des sectes
Les défenseurs des sectes passent très rapidement sur ces aspects considérés dévastateurs par leurs opposants et cherchent à présenter les sectes en victimes de persécutions. Ils affirment avec autorité que la campagne menée par leurs adversaires est une « chasse aux sorcières », une inquisition moderne contre la spiritualité et la liberté de penser. Selon eux, la pensée anti-sectes est la rationalisation d'une intolérance sous-jacente qui manipulerait l'opinion publique sur la base de témoignages d'ex-membres dans le but de susciter un climat de peur.
En outre, ils soutiennent que les critères avancés pour détecter les sectes (manipulation mentale, centralisation du pouvoir, etc.) sont trop flous, qu'ils s'appliquent à la quasi totalité des groupes organisés, y compris les religions les plus reconnues mais également des groupes considérés comme non religieux : entreprise, club sportifs, etc., et que dès lors la dénomination de secte est purement arbitraire.
Selon eux, les attaques des anti-sectes reposent sur la mise à l'index des mouvements pris pour cible. Ils estiment que des campagnes diffamatoires sont souvent entreprises pour tenter de discréditer ces mouvements sans aucun respect pour la vérité. Une de leurs cibles est l'UNADFI, relayant d'après eux des erreurs gravissimes sur les sectes, en particulier sur la pédophilie, leurs témoignages étant jugés truqués.
En raison de la péjoration qui a été adjointe au mot secte, les défenseurs des sectes ainsi que les organisations concernées (fédérées pour certaines) lui préfèrent l'appellation, selon eux plus neutre et respectueuse, de « nouveau mouvement religieux ».
Il est intéressant de verser au débat les révélations apparues lors d'une plainte contre le président de la commission d'enquête parlementaire sur les sectes, le député PS [Parti socialiste] Jacques Guyard, devant le tribunal de Paris, en mars 2000. Le journal Le Monde rapporte (jeudi 23 mars 2000) que "Les travaux de la commission d'enquête parlementaire ne constitueraient pas une « enquête sérieuse »", que "Le tribunal de Paris a estimé que M. Guyard n'était « pas en mesure de justifier d'une enquête sérieuse » à l'appui de ses accusations", que M. Guyard "a maintes fois fait référence au caractère « secret » du travail de la commission parlementaire", et que "le caractère contradictoire des investigations diligentées s'est résumé exclusivement à l'envoi d'un questionnaire à une soixantaine de mouvements considérés comme sectaires". En outre, " les juges ont estimé que le préjudice des parties civiles était « important (...) dès lors que les propos diffamatoires avaient été tenus par un député, président de la commission, dont l'autorité et la compétence n'ont pu être mises en doute par le public »".
Fonctionnement de la polémique
La plus grande partie des polémiques autour du terme secte ont leur source dans la variabilité de ce qu'il dénomme. On peut observer, suivant les personnes qui l’utilisent :
- le sens étymologique : la nouvelle branche d’une religion installée,
- le sens négatif fort : toute organisation, y compris les sociétés secrètes, ayant été condamnée pour préjudice sur ses adeptes manipulés mentalement,
- le sens négatif étendu : toute organisation soupçonnée d’exercer une manipulation mentale sur ses adeptes afin de les exploiter,
- le sens de ‘’’religion qui débute’’’, avec son système de croyances ou sa philosophie originale, et des adeptes apparemment non mentalement manipulés.
Partant du principe que ce sont majoritairement les deux sens à connotation négative qui sont adoptés par la population, les ennemis des religions ont tendance à minimiser toute différence entre le terme secte et le terme religion, en adoptant le sens religion qui débute. Par contre, les défenseurs des grandes religions ont plutôt tendance à adopter le sens négatif étendu, pour désigner par secte tout les mouvements qu’ils jugent dangereux. Quant à eux, les défenseurs des libertés spirituelles préfèrent le limiter au sens négatif fort à partir de critères objectifs de préjudice sur individus, afin d’éviter que la dénomination secte n'entraîne une méfiance injustifiée vis-à-vis de groupes religieux ou philosophiques où manifestement il n'y a pas de manipulation mentale dans le fonctionnement.
Ces différentes positions proviennent essentiellement de la notion de manipulation mentale, difficile à identifier et, plus particulièrement, à distinguer de l’endoctrinement "religieux".
Scandales autour des sectes
Certaines sectes ont défrayé la chronique entre 1978 et 1997. La mort massive de membres de groupes sectaires a profondément choqué l'opinion publique, d'autant plus que certaines des victimes étaient des enfants. Des thèses de suicides collectifs ont parfois été remises en cause par des enquêtes.
Faits marquants :
- 18 novembre 1978 : 914 adeptes du Temple du Peuple (People's Temple), dont 260 enfants, meurent par absorption de poison lors d'un suicide collectif dans leur temple de Jonestown au Guyana ;
- 19 septembre 1985 : 60 adeptes de Datu Mangayanon se suicident à Mindanao aux Philippines ;
- 1 septembre 1986 : 7 adeptes de l'Église des amis de la vérité se suicident à Wokayama au Japon ;
- 28 août 1987 : 32 adeptes de Park Soon Ja se suicident à Séoul en Corée du Sud ;
- 1993 : 72 adeptes davidiens décèdent dans l'incendie de leur ferme de Waco au Texas alors que la police les assiégeait depuis plusieurs semaines. Bien que la version officielle explique cet événement par un suicide collectif, un certain flou persiste sur ces faits : l'incendie s'est déclaré durant l'assaut de la police, et le FBI a admis avoir utilisé des grenades explosives ;
- 4 octobre 1994 : 53 adeptes de l'Ordre du Temple solaire (dont 16 enfants) sont retrouvés morts, suicidés ou assassinés, en Suisse ;
- 1995 : le chef spirituel des Chevaliers du Lotus d'or, Gilbert Bourdin, est mis en examen suite à des accusations de « viols et agressions sexuelles » sur une ex-adepte ;
- 20 mars 1995 : l'attentat au gaz sarin perpétré par des membres de Aum Shinrikyo dans le métro de Tokyo fait 12 morts et plus de 5 000 blessés ;
- 23 décembre 1995 : 16 adeptes de l'Ordre du Temple solaire, parmi lesquels 3 enfants, sont retrouvés carbonisés dans le Vercors en France. L'hésitation entre suicide et assassinat persiste. Le député Jean-Pierre Brard affirme : « C'est clair, il n'y a pas eu suicide, mais assassinat. » [http://www2.canoe.com/infos/international/archives/2003/09/20030919-132103.html] ;
- 24 mars 1997 : 5 adeptes de l'Ordre du Temple solaire sont trouvés morts au Québec.
Critique des sectes par des médias et des associations
La multiplication des scandales liés à certaines sectes, en particulier des affaires de suicides collectifs ou d'agressions sexuelles, a entraîné une importante médiatisation du phénomène, interprété par les défenseurs des sectes comme un certain sensationnalisme afin de mieux imprégner une opinion publique.
La forte médiatisation du « phénomène sectaire » a pu conduire à amalgamer entre elles des organisations aux aspirations pourtant très différentes. Ainsi, par le même terme générique de « secte », on a désigné autant des groupes criminels, dangereux, pédophiles, totalitaires que des nouveaux groupements religieux, ésotériques ou simplement excentriques (en décalage avec la société) qui n'ont jamais été coupables de tels crimes.
Cela s'explique selon les détracteurs des sectes, par le contenu de la définition moderne. Si cette médiatisation a eu pour effet de mettre en lumière des abus au sein de certains groupements, elles ont parfois été très préjudiciables à des personnes ou des organisations. Ainsi, la liberté de culte et la liberté de conscience pourtant garantie par la Déclaration universelle des droits de l'homme, a parfois été bafouée.
Selon les défenseurs des sectes, suite à leur appartenance à des groupements considérés comme sectaires, certaines personnes ont été licenciées, se sont vues refuser la garde d'un enfant ou ont vu leurs contrats commerciaux être rompus [http://www.coordiap.com/temo00.htm]. L'exemple de la chanteuse française Sylvie Mestre, dite Nayah, est assez représentatif du poids des médias et du climat de méfiance vis-à-vis des sectes qui régnait à l'époque. Alors que cette chanteuse connaissait une ascension qui la fit désigner en 1999 comme représentante de la France au concours de l'Eurovision, ses liens avec l'organisation raëlienne mirent un terme prématuré à sa carrière. Les pressions sur ses producteurs, exercées par des associations de lutte contre les sectes essentiellement, furent telles qu'après l'annulation de passages télévisés et de concerts, ses contrats furent finalement rompus.
Lutte gouvernementale contre les sectes
En fonction de leur propre définition du terme secte et des organisations classées comme sectes dans leur pays, les gouvernements ont mis en place des procédés de lutte contre certaines pratiques et certaines organisations.
En Europe
La France, la Belgique et l'Allemagne ont réuni des commissions dont le travail a entre autres permis de constituer plusieurs listes de sectes.
Le gouvernement français a chargé une Commission de l'Assemblée nationale d'enquêter sur le phénomène sectaire.
Le 7 février 2000, la Mission interministérielle de lutte contre les sectes (MILS) publie son premier rapport et conclut qu'il faut « renforcer la prévention et la répression des mouvements sectaires portant atteinte aux droits de l'homme et aux libertés fondamentales ». Suite à ce rapport établissant une liste de sectes et malgré les protestations de celles-ci, la loi About-Picard sur les mouvements sectaires est adoptée en 2001. Entre autres, un « délit de manipulation mentale » est créé.
La France dispose d'un réseau très efficace et spécialisé dans la lutte anti-sectes, chargé de diffuser une information auprès de tous les ministères (police, justice, éducation nationale, jeunesse et sports, etc.). Des correspondants MILS sont présents dans chaque ministère, chargés de centraliser l'information, d'informer, de former et de lutter contre l'infiltration des sectes au sein des organes de commandement de la République. Leur travail consiste à apprendre à « identifier les tentatives de prosélytisme » et sanctionner toute dérive.
Cependant le gouvernement français semble avoir amorcé des changements sur la manière d'attribuer l'étiquette de secte
sur des mouvements spirituels.
La Mils a d'abord été dissoute et remplacée par la Miviludes.
-"L'action menée par le Gouvernement est dictée par le souci de concilier la lutte contre les agissements de certains groupes, qui exploitent la sujétion, physique ou psychologique, dans laquelle se trouvent placés leurs membres, avec le respect des libertés publiques et du principe de laïcité.L'expérience a montré qu'une démarche consistant, pour les pouvoirs publics, à qualifier de « secte » tel ou tel groupement et à fonder leur action sur cette seule qualification ne permettrait pas d'assurer efficacement cette conciliation et de fonder solidement en droit les initiatives prises." Une circulaire gouvernementale du 27 mai 2005 a remis en cause les conclusions des rapports parlementaires en affirmant que le fait d'établir des listes de sectes n'était pas pertinent, et qui plus est contraire au respect des libertés et au principe de laïcité. La surveillance des groupes potentiellement à risque est naturellement maintenue, voire renforcée, mais les amalgames hâtifs entre des groupes fondamentalement indépendants ne sont plus encouragés.
En Belgique, un tel essai est soumis à une violente controverse au Parlement qui doit renoncer à publier une telle liste mais qui publie un rapport détaillé [http://vigi-sectes.org/rapport/rapport_belge_enquete_parlementaire.html].
En Suisse, le Conseil Fédéral se garde de tout amalgame entre des groupes « sans lien entre eux » et se prévaut que « la liberté de conscience et de croyance ainsi que le droit d'association sont des droits ancrés dans la Constitution fédérale » [http://www.parlament.ch/afs/data/f/gesch/1998/f_gesch_19983136.htm].
Les actions judiciaires
Le 6 septembre 2001, la statue géante du chef spirituel des Chevaliers du Lotus d'or, Gilbert Bourdin, est abattue sur ordre de la justice, le procès étant relatif au permis de construire.
Le Mouvement raëlien décide alors sa propre dissolution, parlant de « discrimination ». Avant de disparaître, il incite les Français à voter pour Jean-Marie Le Pen afin que la France ait « un régime en harmonie avec sa politique liberticide », mais aussi « parce que, en cas de succès de Le Pen, une révolution est envisageable qui pourrait amener à la Géniocratie » [http://www.rael.org/int/french/raelspeaks/raelspeaks/elections.htm].
La justice s'est aussi attaquée à l'Église de Scientologie qui perd un procès suite à l'utilisation abusive de noms d'ex-membres dans un fichier informatique. Elle est également mise en examen en tant que personne morale pour « escroquerie en bande organisée ».
La lutte gouvernementale contre les sectes passe aussi par l'information et la publication de rapports décrivant les pratiques de certaines sectes.
En Chine
Le gouvernement chinois est entré en conflit avec une organisation connue sous le nom de Falun Gong. Il a été perçu par les autorités chinoises comme une menace contre la suprématie politique du parti communiste chinois. Les autorités ont interdit cette organisation en la dénonçant comme une secte. Le Falun Gong a répliqué sous l'impulsion de son leader, Li Hongzhi, aujourd'hui réfugié au États-Unis, par des manifestations d'opposition massives et pacifiques de désobéissance civile. La répression féroce qui s'est ensuivie a conduit à l'arrestation de nombreux membres du Falun Gong, à des procès sommaires aux jugements arbitraires qui se sont soldés par l'internement dans des camps de travail, voire à des condamnations à mort pour certains d'entre eux. Pour justifier leur position, les autorités chinoises expliquent que le Falun Gong ferait courir des risques graves à la santé de ses adeptes et qu'il inciterait même ses membres à se suicider par immolation par le feu.
Le Falun Gong a toujours nié avoir, sous quelque forme que ce soit, poussé ses adeptes au suicide et déclare condamner de telles actions. Des organisations de défense des Droits de l'homme ont observé qu'il n'était pas démontré que les « suicides » en question n'étaient pas en fait des mises en scènes meurtrières montées par les services de sécurité chinois dans le but de discréditer le Falun Gong aux yeux de l'opinion publique mondiale. Elles soulignent enfin que de nombreux cas de tortures infligés aux adeptes lors de leur incarcération ont été porté à leur connaissance.
En France, la position des associations de lutte contre les sectes reste prudente et elles observent qu'elles n'ont jamais reçu de plaintes significatives relatives à cette organisation. Toutefois certaines personnalités ont pris des initiatives, contestées par les défenseurs des sectes, et qui ont été interprétées comme donnant une forme de caution à la politique de répression du gouvernement chinois contre le Falun Gong. C'est notamment le cas de visite d'Alain Vivien en Chine - sur invitation officielle du gouvernement chinois et alors qu'il était président de la MILS - rapportée dans ces termes par le Bulletin du CCMM de décembre 2000 :
:« La France est souvent citée en exemple en raison de l'ampleur et de la cohérence des mesures prises pour répondre à la menace sectaire. Les représentants français, parmi lesquels Alain Vivien, invités au symposium ont reçu un accueil chaleureux et fait l'objet d'une écoute particulièrement attentive. »
Remises en question
Un débat oppose depuis longtemps ceux qui pensent que, face aux mouvements considérés comme sectaires et dangereux, l'autorité se doit d'intervenir pour protéger les citoyens et, de l'autre côté, ceux qui estiment que l'État n'a pas le droit d'enfreindre les libertés de religion et d'association des citoyens. C'est l'opinion qu'exprime le sociologue canadien Daniel G. Hill :
:« La société qui apprécie ses libertés doit accepter de ne pas pouvoir toujours protéger ceux qui renoncent volontairement à leur indépendance, consacrent leur biens à des causes vaines ou s'engagent dans des pratiques qui leur sont nuisibles. Là où les questions de foi et d'association sont en cause, l'individu qui est vraiment libre n'est pas seulement libre de jouir de ses choix mais aussi d'en souffrir. » (Cité par J.F. Mayer dans Sectes nouvelles, un regard neuf, Cerf, Paris, 1985.)
La France a établi une liste de sectes dans les rapports des commissions parlementaires sur les sectes. Cette option n'a pas été sans susciter de nombreuses critiques parfois virulentes. C'est avec prudence que certains spécialistes l'ont accueillie. Ainsi M Vernette s'inquiétait que certaines organisations par ailleurs reconnues par l'Église, tel l'Opus Dei, puissent être classées comme sectes par les parlementaires. En Belgique notamment, une tentative a été effectuée dans ce sens en 1996 par une Commission parlementaire, mais son Rapport a finalement été rejeté par le Parlement dans sa presque totalité, y compris la liste de sectes en annexe. Aussi M Vernette déclarait-il au sujet de la liste établie par ce Rapport de la Commission parlementaire belge qu'elle « comportait de semblables qualifications abusives pour certains groupes épinglés faussement comme sectes avec toutes les conséquences désastreuses pour leurs membres et leurs activités, la liste étant largement publiée dans les médias. Or aucun n'avait été entendu. Aucun n'a pu obtenir réhabilitation ou nouveau jugement, car aucune instance ne se reconnaît qualifiée pour reprendre le dossier. La chose est grave dans un état de droit et l'on s'inquiète qu'elle risque de se renouveler par un autre biais » ([http://www.cef.fr/catho/endit/sectes/index.php L'Église catholique et les sectes]). M Vernette est aussi l'auteur d'un dictionnaire des nouveaux mouvements religieux et des sectes qui comporte 400 entrées là où le rapport de l'Assemblée nationale n'en mentionne que 172. L'inquiétude de certains responsables catholiques et la prudence de leur réaction sur le sujet s'expliquent en grande partie par la crainte de voir classer parmi les sectes des mouvements le plus souvent charismatiques qui présentent pourtant d'évidentes dérives sectaires en leur sein.
Cas des grandes religions
Certains pensent que les « grandes religions » présentent suffisamment de critères d'éligibilité des sectes pour être classées parmi elles. Ils évoquent notamment les affaires de pédophilies autour de prêtres catholiques et les cas de fanatisme islamique et judaïque comme éléments appuyant cette thèse. D'autres insistent sur la présence de sectes au sein des « grandes religions »; ce qui ne rend pas les « grandes religions » des sectes pour autant.
Cependant, d'autres considèrent que les « grandes religions » ne peuvent pas être assimilées aux sectes, en tout ou en partie, parce qu'elles sont reconnues, admises et intégrées à la société. En quelque sorte, l'estime dans laquelle les tient le gouvernement du pays qui les héberge est garant de leur qualification en secte ou non et interdit toute enquête sur les parties qui pourraient être sectaires sauf à être diligentée par l'institution religieuse elle-même.
Selon certains de leurs détracteurs, ces religions (l'Église catholique étant souvent la plus visée, selon les catholiques) profiteraient du climat de méfiance qui existe à l'encontre des sectes pour essayer de marginaliser les groupements réputés non orthodoxes et pointer du doigt les « dérives » de la foi.
Selon certains défenseurs des sectes, l'Église catholique a même largement favorisé l'essor du mouvement anti-sectes en transmettant à l'ADFI son idéologie, ses connaissances et ses techniques. Selon Joël Labruyère (président de OMNIUM, réputé proche de la scientologie) dans L'État inquisiteur, « c'est grâce à leur connaissance de l'hérésie sous toutes ses formes et parce qu'ils bénéficient d'un réseau d'informations international que des prêtres catholiques ont pu lancer l'affaire et mettre le pied à l'étrier à des laïcs, en leur livrant, clé en main, une petite machine de guerre contre les nouveaux hérétiques. Il suffisait simplement de recycler le mécanisme des persécutions sous une forme assimilable par la culture moderne. Le CCMM a ensuite laïcisé ces concepts, leur permettant d'intégrer très naturellement les domaines politique et médiatique. Il ne reste, de l'inimaginable cruauté de la Sainte Inquisition, que les techniques « douces » qui consistent à pointer du doigt les « hérétiques » afin de les marginaliser, ce qu'on appelle bien encore communément « la chasse aux sorcières » [voir diabolisation]. Les démons ont été remplacés par les « gourous » qui sont censés laver le cerveau de leurs « adeptes », préalablement lobotomisés. »
André Comte-Sponville écrivait dans son Dictionnaire de philosophie : « La secte, c'est l'Église de l'autre. »
François Cavanna, dans un article de Charlie-Hebdo du 28 juin 2000, réplique : « Une religion est une secte qui a réussi. »
Annexes
Articles connexes
- nouveau mouvement religieux
- Hérésie
- religion
- mission interministérielle pour la lutte contre les sectes (MILS)
- Commission parlementaire sur les sectes en France
Pratiques
- mysticisme et ésotérisme
- conditionnement et manipulation mentale
- diabolisation
- gourou et gouroutisme
- escroquerie et vente pyramidale
Groupes qualifiés de sectes faisant l'objet d'un article sur Wikipedia
Voir aussi Nouveau mouvement religieux.
- Association internationale pour la conscience de Krishna (couramment qualifiée de Hare Krishna)
- Aum vérité suprême
- École essentialiste
- Église de Scientologie
- Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (voir nota ci-dessous, les membres sont couramment appelés Mormons)
- Chevaliers du Lotus d'or
- Mouvement raëlien
- Science chrétienne (voir nota ci-dessous)
- Shri Ram Chandra Mission
- Soka Gakkai
- Eck - Energo Cromo Kinèse
- Témoins de Jéhovah
Nota : la Science chrétienne et l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours sont citées comme sectes par le rapport parlementaire de l'Assemblée nationale, mais ne font pas partie de la liste principale ([http://www.assemblee-nat.fr/rap-enq/r2468.asp rapport d'enquête n° 2468 de l'Assemblée nationale]). À propos de mouvements mentionnés comme « sectes » dans le rapport mais ne figurant pas dans la liste, le texte du rapport mentionne : « Mais auparavant, il est nécessaire de dissiper un éventuel malentendu : tous les mouvements spirituels autres que les religions traditionnelles et communément appelés sectes ne sont pas dangereux, comme, par exemple, les baptistes, les quakers ou les mormons. Leur rôle peut même être, parfois, considéré comme très positif. (...) La commission a donc bien pris garde de faire un amalgame entre tous les groupes spirituels existants. Elle a considéré qu'elle devait se cantonner à examiner les nuisances provoquées par les seules sectes dangereuses. Et ce, pour mieux tenter de dégager les moyens de les combattre. » (Source : [http://www.assemblee-nat.fr/rap-enq/r2468.asp rapport d'enquête n | | |